Le transport par la route est une composante inévitable de la vie des chevaux de sport, de loisir et bien sûr de courses. S'il est reconnu comme un facteur de stress majeur pouvant déclencher des troubles respiratoires ou des coliques, son impact précis sur l'écosystème cæcal restait jusqu'alors peu documenté. Une étude publiée dans le Journal of Equine Veterinary Science (2018) apporte des données inédites sur la cinétique de la dysbiose liée au voyage. - - Objet et méthodologie de l'étude - - L’objectif de cette recherche était de caractériser l’évolution du microbiote cæcal et des métabolites sanguins avant, pendant et après un transport. - - Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé une méthodologie rigoureuse : - - - - Sujets : 6 chevaux munis de canules cæcales (permettant un prélèvement direct dans le gros intestin). - - Groupes : Les chevaux ont été répartis en un groupe Transport (n=3) et un groupe Témoin (n=3). - - Protocole : Le groupe transport a subi un trajet de 90 minutes, suivi d'un séjour de 48 heures dans un lieu inconnu pour simuler les conditions d'un concours, avant de revenir à l'écurie d'origine. - - Prélèvements : Le liquide cæcal a été prélevé quatre fois par jour et le sang deux fois par jour tout au long de l'étude (6 jours). Les analyses ont été effectuées par séquençage de l'ARNr 16S pour évaluer la diversité bactérienne. - - - - Principaux résultats : Une dysbiose marquée par le transport - - 1. La chute de la diversité Alpha : un indicateur de fragilité - - L'étude a utilisé trois indices complémentaires pour mesurer la diversité au sein de la communauté microbienne cæcale : PD whole tree (diversité phylogénétique), Chao 1 (richesse et régularité) et le nombre d'espèces observées. - - - - Une réduction nette : Pour le groupe ayant voyagé, une diminution significative de la diversité a été enregistrée dès la phase de transport (comprenant le trajet et les 48h sur place) par rapport aux valeurs de base. - - Signification clinique : Cette baisse de la richesse et de l'uniformité des espèces suggère que le stress du transport rend l'écosystème intestinal moins résilient et plus vulnérable aux pathogènes ou aux troubles métaboliques. - - - - 2. L'effet sur les chevaux témoins : le poids de la routine - - L'un des résultats les plus inattendus de cette recherche est l'impact sur les chevaux restés à l'écurie. - - - - Stress social et environnemental : La diversité alpha des témoins a également chuté durant la phase de retour de leurs congénères. - - Interprétation : Les chercheurs suggèrent que la rupture de la routine quotidienne et les mouvements au sein du troupeau (départ puis retour des partenaires sociaux) constituent un facteur de stress suffisant pour altérer le microbiote, même en l'absence de déplacement physique. Cela souligne l'importance de la stabilité de l'environnement global pour la santé digestive. - - - - 3. Altérations taxonomiques : le basculement vers un profil à risque - - L'analyse fine des populations bactériennes révèle un déséquilibre au profit d'espèces potentiellement acidogènes au détriment des bactéries cellulolytiques. - - - - Le déclin des digesteurs de fibres : - - - - Le phylum des Bacteroidetes a chuté de manière persistante durant le transport et la phase de retour. - - Les genres non définis des familles Lachnospiraceae et Ruminococcaceae, piliers de la fermentation des fibres, ont diminué de façon marquée durant le voyage. Cette baisse compromet l'efficacité de la digestion des fourrages. - - Les genres Prevotella et YRC22 ont également subi une chute brutale dès le début du transport. - - - - La prolifération des bactéries acidophiles : - - - - L'abondance relative de Lactobacillus spp. a augmenté de façon significative pendant le transport. - - Celle de Streptococcus spp. a plus que doublé durant cette même phase. - - Le paradoxe du pH : Bien que ces bactéries prospèrent normalement dans des milieux acides, l'étude n'a pas enregistré de baisse statistiquement significative du pH cæcal. Les auteurs avancent deux hypothèses : soit les fluctuations de pH n'ont pas été captées par les prélèvements (pics intermittents), soit il s'agit d'un débordement de bactéries provenant de la partie supérieure du tube digestif (estomac, duodénum) vers le cæcum. - - - - - - - - Limites de la recherche - - Les auteurs soulignent certaines limites, notamment la taille réduite de l'échantillon (n=6) due à la complexité du modèle de chevaux canulés. De plus, des facteurs comme la race, l'âge et le sexe peuvent influencer la réponse microbienne et méritent des investigations complémentaires. Enfin, l'absence de données sur le cortisol (due à une hémolyse des échantillons) n'a pas permis de corréler directement ces changements microbiens au pic de stress hormonal. - - Accompagner la santé digestive lors des déplacements - - Ces résultats confirment que le transport induit une dysbiose rapide, affaiblissant les populations de bactéries cellulolytiques au profit d'espèces potentiellement acidogènes. Pour le vétérinaire, la gestion du risque passe ainsi potentiellement par une stabilisation du microbiote avant et après le trajet. - - Chez Croix du Sud Laboratoire, nous développons des solutions nutritionnelles visant à soutenir l'équilibre de la flore intestinale des chevaux soumis au stress. En privilégiant des sources de fibres hautement digestibles et des nutriments ciblés pour le confort gastro-intestinal, il est possible de tenter de limiter les fluctuations délétères mises en évidence par cette étude. - - Note importante : Les recherches scientifiques fournissent des orientations précieuses, mais chaque cheval est unique. Rien ne remplace l'expertise, le diagnostic et le suivi clinique de votre vétérinaire pour adapter la prise en charge de votre équidé. - - - - Source : Erin Perry, Tzu-Wen L. Cross, Jesse M. Francis, Hannah D. Holscher, Stephanie D. Clark, Kelly S. Swanson, Effect of Road Transport on the Equine Cecal Microbiota, Journal of Equine Veterinary Science, Volume 68, 2018, Pages 12-20, ISSN 0737-0806, https://doi.org/10.1016/j.jevs.2018.04.004.